Il était un certain Pacôme,
Un petit bout d’homme,
Joufflu comme une pomme,
Epais comme deux tommes,
Haut comme Tom [Sawyer],
Trois ignames en somme,
Gambadant en faisant des slaloms,
Depuis au moins quatre automnes,
Piquant à Noël sa crise d’automne,
Au grand dam de Chrysostome,
Son grand cousin vivant à Rome.
Pacôme qui rêvait comme les Rom,
De liberté des grands bonshommes,
N’arrivait pas à faire un somme,
Taraudé par une question nouvelle,
Une préoccupation presqu’existentielle.
Mais où est passée la mère Noëlle ?
Bien entendu pour doubler la mise,
Les cadeaux au pied de la tour de Pise,
Le sapin où de nombreux colis gisent.
Pauvre garçonnet !
Dans sa chambre pleine de gadgets,
Bondée à craquer de jouets,
Qu’il ne voyait déjà plus,
Parce qu’aspirant à toujours plus,
Devenant un insatisfait chronique,
Prêt à faire des caprices qui tiquent.
Quelle tragédie pensa sa mère Hortense,
Tapie dans l’ombre de son innocence.
Réveil au nez et tic et tac,
Prêt à passer à l’attaque,
L’œil rivé sur des aiguilles,
Qui n’arrêtent, comme des vrilles ;
Qui tournent en rond, sans stress,
Sans se lasser de se faire entendre.
Que le temps qui nous presse,
Se fait brusquement attendre.
Et ces trépignements d’impatience,
Qui finissent par se faire danse.
Et ces œillades devenant intenses ?
L’épicéa avait quitté la forêt,
Et son avatar les magasins,
Pour devenir l’épicentre des maisons,
Où il se tenait dans un caisson,
Décoré de boules et de guirlandes.
Devenant momentanément une tour attractive,
Point de convergence des désirs ou demandes.
C’est alors que Pacôme crut entendre :
« De quoi te plains-tu mon enfant ?
D’avoir eu cette année moins de cadeaux ?
Sept cadeaux au lieu des huit de Noël dernier.
Sans oublier les anniversaires et le reste.
J’éprouve de la gêne en prononçant ces chiffres ;
Et même une certaine honte à y réfléchir…
Quand je pense que pendant la guerre,
Une orange, fruit exotique de l’époque,
Faisait rêver d’un ailleurs,
Virtuel voyage faisant l’affaire ;
Que mes ancêtres à moi,
Habitants de chaudes contrées,
Ne connaissaient pas Noël,
Ni les forêts de sapins enneigés.
Partout durant la famine,
L’on se contentait de rien ;
On se remplissait de tout,
Notamment de la chaleur familiale.
Impatiemment, les enfants attendaient,
Ces fêtes appelées animistes,
Des rituels savamment remplacés ;
Ces occasions de faire ripaille,
De saliver bien gentiment,
D’humer l’odeur des grillades,
De déguster un bout de viande,
Ou de croquer un os à la moelle.
En période plus faste,
L’on se contentait d’un bon repas,
De jolis vêtements et sandales,
Á défaut d’être tout neufs.
Il n’était pas question de sapin,
Encore moins de cadeaux.
Les seuls cadeaux étaient invisibles,
Parce que faits de retrouvailles et d’amour.
Il y avait de la frénésie en chaumières,
Sinon de l’excitation dans l’air ;
Une émulation était perceptible,
Á construire la plus belle crèche.
Une œuvre du génie d’enfants,
Libéré et mis en évidence,
Devant les modestes demeures,
Des maisons sans grande prétention,
Que les adultes allaient admirer.
La spontanéité de leurs compliments,
La lumière de leurs yeux,
L’éclat de leur sourire,
Etaient le plus beau des cadeaux.
Depuis, c’est la surenchère des cadeaux,
Mais aussi des marques et compagnie,
Dans les salons feutrés et maisons cossues.
Loin des regards admiratifs de certains,
Qui récompensent leurs petits génies,
Qui leur ont offert comme en offrande,
Des crèches d’une originale diversité ;
Des adultes qui en redemanderaient.
L’émerveillement des grands en gratification,
Avec pas grand-chose, juste de la chaleur,
Et voilà des petits gars bienheureux ;
Des bonhommes qui se sont fortifiés,
De la considération des leurs et des passants ;
S’élançant ensuite onze mois durant,
Vers d’autres petits défis, ceux de la vie,
Sous le regard rassurant de leur famille.
Autres temps, autres lieux, autres mœurs.
Malgré l’abondance et la surenchère,
Malgré les lumières qui scintillent,
Et les papillotes qui titillent,
Les sodas et vins qui pétillent,
Certains laissent éclater leur colère,
Quand d’autres se contentent de larmes.
Une frustration tristement palpable,
Laissant nombre de parents perplexes.
Les plus grands s’empresseront d’échanger,
De vendre des cadeaux jugés encombrants,
Sur toile ou sous manche, en catimini.
Trouvant le moyen de ne pas être heureux,
De respirer la santé, de manger à satiété,
D’être entourés par de bienveillants adultes,
Qui à force de trop étreindre, mal embrassent.
Grand paradoxe chez les grands,
Là où la neige ne tombe guère,
Là où le Père Noël n’a pas été aperçu ;
Où certains, à force de l’espérer,
De rêver les yeux grands ouverts,
Sont devenus accros aux cadeaux ;
Des oisifs qui voient partout le Père Noël,
Qui hallucinent même sans fumer.
Des figés passant leur temps à réclamer,
Á psalmodier de façon décomplexée.
Il n’y a plus besoin de grandes occasions,
Plus besoin non plus de lien de parenté,
De mérite ou d’amitié tissée au fil du temps.
Une véritable mendicité de petits hommes,
Oubliant que tous les jours ne sont pas Noël,
Que le cadeau a une valeur surtout symbolique.
Ignorent-ils que seul le travail gratifie l’homme ?
Qu’à force de labeur et de persévérance,
Le petit gars deviendra grand bonhomme,
Qu’il accèdera à la liberté tant rêvée.
Ainsi, insuffler l’amour du travail,
C’est offrir un véritable cadeau.
Même le Père Noël le chuchote aux parents.
De te blaser sinon te rendre malheureux ?
De formater un consommateur compulsif,
Toujours insatisfait une fois l’objet approprié ?
A ce rythme, que me demanderas-tu un jour ?
Un avion, un paquebot ou un château ?
Le ciel, les océans ou la terre entière ?
Serais-tu après tenté d’occuper ma place ?
Celle dont tu ignores les contraintes ?
Un trône est lourd de responsabilités,
Et le pouvoir s’acquiert dans la société,
Pas dans une cour ou dans une maison ;
Ni même à travers un parricide.
Et toi, qu’as-tu offert pour faire plaisir ?
Trop facile de dire que tu n’as pas d’argent.
Il n’y a pas que le chiffre, l’argent dans la vie.
Que fais-tu de tes dix doigts et de ton cerveau ?
Un dessin, un joli poème, une crèche en carton ?
Un bon gâteau ou autres confiseries,
Des figurines sorties de ton imaginaire,
Faites d’argile, de pâte de sel ou de carton ;
Autant de cadeaux qui font plaisir,
Á nous les grands enfants à cette occasion.
Tu pourrais même céder certains objets,
Á ceux qui n’ont pas de famille ou de toit.
Tu pourrais accueillir pour l’occasion,
Á ta table une personne seule,
Une mamie, un orphelin, un étranger.
Partager un bon repas par exemple,
C’est offrir un peu d’amour.
L’impalpable qui fait unanimité,
La chose précieuse, immatérielle,
Que l’on pourrait donner,
En plus de la culture, du savoir,
Sans s’appauvrir ; paradoxalement.
L’amour vaut tous les cadeaux.
C’est au nom de cet amour,
Que je t’exhorte au travail,
Que je sévis malgré les qualificatifs,
Que tu me prêtes dans mon dos.
De nos jours, on ne naît pas prince,
On le devient, à force de travail.
Du travail au sein des cœurs.
Entends ce que je dis Pacôme :
Cette année, au plan comptable,
Tu as certes eu moins de cadeaux,
Mais il y a toujours autant d’amour ;
De l’amour que tu ne vois,
Tant il te crève les yeux.
De l’amour qui ne tarit,
Empaqueté dans un corps,
Celui de deux ou plusieurs êtres,
Celui de gens appelés Famille,
Qui ont pris leur rôle à cœur,
Celui d’édifier un être aimable,
Un petit bonhomme qui grandira,
Et qui fera à son tour des merveilles,
Peut-être à l’image de saint Pacôme.
La mère Noëlle si elle existe,
Reste dans les airs,
Comme un esprit qui plane,
Tellement présente au quotidien,
Qu’elle deviendrait invisible.
Tandis qu’une belle place,
En fin d’année est faite,
Au célèbre Père Noël,
Dont on parle beaucoup,
Mais que l’on voit peu.
Papa Noël oublie de dire qu’une bonne fée,
L’aide à trouver beaucoup de cadeaux,
Et mieux, à faire tous les paquets.
C’est bien parce qu’il est très pris.
Une discrète fée lui donne un coup de main ;
Une femme qui fait des merveilles.
C’est certainement elle la mère Noëlle.
Tu comprendras quand tu seras grand.
Alors tu sauras que tu n’as manqué de l’essentiel ;
Et même si tu vivais dans une étable,
Comme le petit Jésus entouré de ses parents,
Et de bien d’autres venus de loin.
Pacôme, petit Jésus n’était pas seul,
Malgré le dénuement des lieux.
La chaleur des cœurs était palpable ;
Et il a su la redistribuer à son tour.
Noël est avant tout une fête familiale,
Car la famille est sacrée ;
Qu’elle soit de substitution ou élargie.
Les cadeaux satisfont les désirs,
Mais ne donnent point de l’amour.
Les cadeaux sont des preuves d’amour,
Mais ne remplacent ceux qui les dispensent.
Une poupée même de porcelaine,
Ne peut remplacer un enfant.
Aucune machine sophistiquée,
Ne peut produire de la chaleur humaine.
Sois heureux prince en devenir,
Endors-toi mon petit bonhomme ;
Sois en paix avec toi-même.
Demain est un grand jour : Noël.
Régale-toi sans excès de bons plats,
Ravis tes yeux du sapin lumineux ;
Réchauffe-toi de la chaleur familiale,
Réjouis-toi des cadeaux-surprises.
N’oublie pas de t’emplir à volonté,
De t’enrichir intérieurement,
De la présence des autres.
Leur expérience est lumineuse,
Comme un sapin enguirlandé.
Nourris-toi de cadeaux immatériels,
Certainement légers à transporter ;
Dans ta quête de liberté,
Ils seront aisés à partager,
A l’occasion de tes rencontres,
Devenant à ton tour invisible,
Un avatar du Père Noël,
Plutôt comme mère Noëlle.
Contente-toi de l’essentiel. »
Serait- ce la voix de mère Noëlle ?
Que Pacôme entendit à cet instant ?
Ce personnage qu’il n’apercevait,
A l’image des nombreux cadeaux,
Qu’il ne voyait guère plus,
Parce que banalisés ou immatériels ?
Pacôme avait tout le temps,
Pour grandir en sagesse,
Pour aiguiser son discernement,
Pour répondre à cette question,
Et élucider d’autres énigmes,
Grâce à ces cadeaux de la vie,
Mis à sa disposition, à sa portée ;
Á condition d’avoir la lumière,
D’avoir la maitrise du sens,
Ou de saisir sa chance,
S’il en prend conscience,
Si sa Famille y travaille.